France - BEA

Accident du Jodel D140 - C immatriculé F-HJLB survenu le 17/12/2021 sur l’altisurface de Superdevoluy (05)

Progression de l'enquête Cloturée
Progress: 100%

Rapport d'Enquête cat.3 : rapport sur un événement aux conséquences limités, élaboré à partir d'un ou de plusieurs témoignages n'ayant pas fait l'objet d'une validation indépendante par le BEA.

Note :Les informations suivantes sont principalement issues du témoignage du pilote en situation d’instruction et de l’instructeur, du second élève témoin, et des images de la webcam de l’altisurface. Ces informations n'ont pas fait l'objet d'une validation indépendante par le BEA.

1 - DÉROULEMENT DU VOL

L’instructeur effectue un vol en double commande en provenance de l’altiport de l’Alpe-d’Huez (38), avec un pilote en situation d’instruction et un second en place arrière, en vue de l’obtention de la qualification montagne « skis ». Le pilote aux commandes atterrit sur l’altisurface de Superdévoluy et ne parvient pas à faire demi-tour sur la plate-forme. Il arrête le moteur, les trois occupants descendent puis déplacent l’avion à la main. Le second pilote s’installe aux commandes et décolle avec l’instructeur en place droite pour effectuer deux circuits de piste, tandis que le premier élève reste au sol et filme le décollage.
Après le premier atterrissage, le pilote fait un demi-tour par la droite sur la plate-forme, moteur tournant et en configuration décollage. Juste avant la sortie du virage alors que l’avion se trouve décalé à gauche de l’axe de la piste, il met plein gaz pour décoller. L’avion, glisse quelques mètres en dehors de la piste et se dirige vers un piquet situé à plusieurs mètres du bord gauche de la piste. L’instructeur reprend les commandes, mais ne parvient pas à éviter la collision. L’aile gauche de l‘avion heurte le piquet. L’instructeur poursuit le décollage, effectue un circuit de piste adapté et, après quelques vérifications, revient atterrir.

2 - RENSEIGNEMENTS COMPLÉMENTAIRES
2.1 Dégâts matériels

Après l’atterrissage, les occupants ont constaté que le coffrage du bord d’attaque de l’aile gauche a été fortement endommagé lors de la collision avec le piquet.

2.2 Renseignements sur l’altisurface

L’altisurface de Dévoluy est dotée d’une piste orientée 03/21[1]. L’atterrissage s’effectue en 21 et le décollage en 03. Selon les occupants de l’avion, la piste présente un léger dévers descendant sur la partie gauche dans le sens du décollage. La piste était couverte de neige damée, qui selon l’instructeur, était froide et non collante.
En haut de la piste (sur la gauche lors du décollage), il y a une manche à air ainsi qu’un piquet, haubané avec des chaînes, qui supporte une webcam, une station météo et un anémomètre[2]. Au moment de l’accident, il n’y avait aucun aéronef ni véhicule stationné sur le haut de l’altisurface.

2.3 Renseignements sur les pilotes

L’instructeur, âgé de 46 ans, détient la qualification d’instructeur montagne depuis 2019. Il déclare totaliser environ 8 180 heures de vol dont 822 sur type et 83 h dans les trois mois précédents dont 27 sur type. Durant l’été, il a atterri plusieurs fois sur l’altisurface sur roues. Son dernier atterrissage sur skis a été effectué au mois d’avril 2021. Il explique qu’il a perçu tardivement que l’avion avait un excédent de vitesse lors du demi-tour, ce qui a augmenté le rayon de virage.
Le pilote en situation d’instruction, âgé de 68 ans, détient une licence de pilote privé d’avion et la qualification montagne « roues ». Il déclare totaliser environ 310 heures de vol dont 175 sur type et six heures dans les trois mois précédents, toutes sur type. Par ailleurs, il totalisait environ 285 atterrissages sur roues et environ 130 en skis, dont 19 en Jodel D140. Il indique qu’il a eu du mal à réaliser le demi-tour et a hésité à poursuivre le virage. Il explique que l’instructeur pensait que ça passerait. Il ajoute qu’en raison du léger dévers, l’avion a commencé à glisser et à s’engager dans la pente après le demi-tour.

2.4 Renseignements météorologiques

L’instructeur et le pilote en instruction indiquent que les conditions météorologiques étaient idéales pour ce vol : vent nul, aucune turbulence, CAVOK, température proche de 0 °C. L’exploitation des images de la vidéo filmée par le second élève au moment du décollage montre l’absence de vent et une visibilité supérieure à dix kilomètres.

2.5 Conduite de l’avion au sol 

Le guide CEPADUES intitulé « Le vol en montagne expliqué au pilote » (3ème édition) précise que lors des évolutions sur un sol horizontal sur de la neige damée, la glisse nécessite une puissance modérée et le ski arrière reste efficace pour diriger l’avion. La conduite au sol est similaire à celle sur roues mais avec des rayons de virage plus importants et l’absence de freinage.
Quand les plates-formes sont exigües, il est conseillé de virer côté dévers montant pour conserver la traction de l’hélice et réduire le rayon du virage.
Sur les plates-formes enneigées, le guide recommande de prévoir des marges de sécurité importantes par rapport aux autres aéronefs et aux obstacles environnants, et de s’arrêter puis de manœuvrer l’aéronef à la main si le virage s’avère difficile.


[1] La piste mesure 400 m de long et 40 de large. La pente moyenne de la piste est d’environ 11,3 % et d’environ 10,5 % dans les 175 derniers mètres.

[2] La carte éditée par l’Association Française des Pilotes de Montagne (AFPM) ne mentionne pas le piquet et il n’y a aucune consigne concernant le sens du demi-tour. Il est indiqué que cette fiche est indicative et que « les pilotes évoluent sous leur responsabilité ».