Accident du Schempp Hirth Discus 2C immatriculé F-CLUF survenu le 09/07/2020 à Ramonchamp

Progression de l'enquête Cloturée
Progress: 100%

Note :Les informations suivantes sont principalement issues du témoignage du pilote. Ces informations n'ont pas fait l'objet d'une validation indépendante par le BEA.

1      Déroulement du vol

Note : certaines des informations indiquées dans cette section sont issues de la trajectoire extraite des données du boîtier Flarm équipant le planeur.

Le pilote décolle en remorqué de l’aérodrome de Belfort Chaux (90) vers 12 h 15. Il évolue dans les plaines au sud du Ballon d’Alsace avant de s’en rapprocher vers 12 h 45. Il se dirige ensuite vers le secteur nord-est du Ballon d’Alsace.

Vers 13 h 00, alors qu’il se trouve en spirale dans une ascendance à une altitude d’environ 1 800 m[1], il contacte le pilote d’un autre planeur qui évolue en spirale sensiblement au-dessus de la station de tourisme du Rouge-Gazon (88). Ce dernier lui indique profiter d’un taux de montée de 2 m/s. Le pilote du F-CLUF décide de le rejoindre mais éprouve des difficultés à se positionner dans l’ascendance.

L’autre pilote transite ensuite vers le nord et trouve une nouvelle ascendance. Le pilote du F-CLUF le rejoint. Il se situe alors à une altitude de 1 400 m. Il parvient à atteindre difficilement l’altitude de 1 600 m vers 13 h 15, évoluant dans un secteur qu’il estime moins efficace en montée. Il décide alors de repartir vers le sud en direction du Ballon d’Alsace pour retrouver le local de l’aérodrome de Belfort Chaux. Il vide les ballasts qu’il avait préalablement remplis avec 40 litres d’eau.

Au cours du transit, le pilote observe des taux de chute importants. Il atteint une altitude de 1 200 m au niveau des arêtes au nord du Ballon d’Alsace.

Il cherche alors de nouvelles ascendances pour reprendre de la hauteur et choisit de se diriger vers l’ouest où se trouvent des cumulus[2]. En passant sous le vent du Ballon d’Alsace, le planeur perd à nouveau de l’altitude et descend jusqu’à environ 1 000 m. Le pilote s’éloigne du Ballon d’Alsace en direction du nord-ouest et se prépare à l’éventualité d’un atterrissage dans un champ répertorié vachable près de l’étang de Presles (88). Il contacte le pilote de l’autre planeur à la radio pour l’en informer. Ce dernier lui répond qu’au regard de son altitude (environ 1 000 m), il serait préférable qu’il se dirige vers le secteur de Ramonchamp, car le champ situé près de l’étang de Presles est réputé difficile à appréhender.

Le pilote parvient à remonter vers 1 100 m et poursuit vers le nord-ouest en direction de Ramonchamp. Arrivé dans le secteur, il ne parvient pas à identifier le champ répertorié vachable. Il repère un autre champ qui lui paraît adéquat pour un atterrissage en campagne[3]. Il réalise un passage d’observation et s’aperçoit en particulier de la présence d’une ligne électrique et d’un rideau d’arbres ne permettant pas d’atterrir face au vent. Il se prépare donc à atterrir avec une composante de vent arrière. Du fait de la présence d’un léger relief avec des habitations, il suit un plan d’approche important.  

La vitesse d’approche est élevée lors de la descente. Le planeur entre en contact avec le sol à la moitié de la distance disponible du champ. Lors du roulement après l’atterrissage, le planeur rebondit sur une bosse et plane à nouveau sur une distance estimée à 50 m. Le pilote réalise alors que la distance restante pour l’atterrissage ne sera pas suffisante et modifie sa trajectoire pour éviter un choc frontal avec les arbres situés au bout du champ. L’aile droite du planeur heurte un arbre à 1,5 m de l’emplanture, s’arrache de la cellule et le planeur s’immobilise. Le pilote évacue le planeur par ses propres moyens.   

2      Renseignements complémentaires

2.1       Témoignage du pilote

Le pilote indique que, concentré sur la recherche d’ascendance, il n’a pas anticipé les dégagements possibles lors de son choix de partir à l’ouest du Ballon d’Alsace. Par ailleurs, il ajoute qu’arrivé dans le secteur de Ramonchamp, il a estimé que la plate-forme ULM de Ramonchamp[4] était située trop loin de sa position pour pouvoir l’atteindre. Il pense que son GPS aurait pu lui indiquer qu’il se trouvait en local de la plate-forme ULM mais, focalisé sur la recherche d’un champ, il n’a pas pensé à l’utiliser.

2.2       Renseignements sur les conditions météorologiques

Le METAR de 13 h 30 de l’aérodrome de Luxeuil Saint Sauveur (70), situé à 30 km au sud-est du lieu de l’accident, indiquait :

-        CAVOK,

-        vent du 250° pour 9 kt, de direction variable comprise entre 220° et 280°,

-        température 29 °C.

Le pilote précise qu’il avait discuté avec d’autres pilotes des conditions aérologiques particulièrement complexes lors des journées passées. Il avait conscience que les conditions du jour de l’événement seraient probablement similaires à celles des jours précédents.

2.3       Renseignements sur le pilote

Le pilote, âgé de 68 ans, est titulaire d’une licence de pilote de planeur depuis 2003. Il totalisait environ 1 750 heures de vol dont 1 220 en tant que commandant de bord. Il avait réalisé 33 heures de vol dans les 30 jours précédant l’accident. Depuis 2015, le pilote avait réalisé une vingtaine d’heures sur le F-CLUF. Sur la même période, il avait effectué environ 190 heures de vol sur un autre planeur de type LS8.

Le pilote indique qu’il avait réalisé un vol par jour depuis le 3 juillet (sauf le 5), totalisant 25 heures de vol. Il estime que les conditions difficiles lors de ces longs vols ont contribué à provoquer chez lui un état de fatigue.



[1] Le pilote estime le plafond à une altitude d’environ 1900 m.

[2] La présence de cumulus est un indice de zone convective propice à des ascendances.

[3] La longueur de ce champ disponible pour l’atterrissage est d’environ 290 m.

[4] Cette plate-forme ULM dispose d’une piste 09-27 en herbe de dimensions 400 x 20 m.