Collision avec des oiseaux lors du décollage, perte de puissance du réacteur n°2, atterrissage de précaution

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Vol Nice - New York.

 

Déroulement du vol

L'équipage d'un B 767-300 est autorisé au décollage en piste 04R à Nice. Le copilote est PF. Le temps est brumeux et pluvieux.

A la rotation, l'équipage aperçoit une nuée d'oiseaux sur la droite de la piste. Alors que l'avion décolle, l'équipage entend de multiples impacts et des bruits inhabituels en provenance des moteurs. Il ressent des vibrations et un mouvement de lacet vers la droite. Le PF vire à droite pour se conformer à la trajectoire de départ en cas de panne moteur. L'avion entre dans les nuages. L'équipage réduit la poussée sur le moteur droit et les vibrations diminuent. Il n'y a pas d'alarme et les paramètres des moteurs se stabilisent. N'ayant aucune indication de feu et craignant que le moteur gauche n'ait également ingéré des oiseaux, le commandant de bord décide de ne pas procéder à l'arrêt du moteur droit.

Le PF continue la montée jusqu'à 3000 ft puis engage le pilote automatique. Le commandant de bord déclare une situation d'urgence et demande une assistance au contrôleur qui autorise l'avion à atterrir en piste 04L(9).

Lors du roulement à l'atterrissage, le PF utilise les inverseurs de poussée. La température EGT du moteur droit augmente. L'équipage procède à l'arrêt de ce moteur une fois l'avion immobilisé.

Après une inspection des services de sécurité et d'incendie, l'équipage roule vers une aire de stationnement.

3 - avril 2005

11 - octobre 2009

Renseignements complémentaires

Dommages subis par le moteur droit

Les restes de neuf goélands leucophée(10) ont été retrouvés sur la piste.

De nombreux débris du moteur droit ont été retrouvés sur la piste sur une longueur de 1 200 mètres. La partie externe de la tuyère d'éjection était à 300 mètres du seuil de piste 22L.

Trois goélands ont heurté deux aubes de fan du moteur droit. Celle qui a été touchée par deux d'entre eux a cassé. Les fragments d'aubes ont ensuite fortement endommagé les bords d'attaque des autres aubes. Les débris ont traversé la tuyère d'admission et l'ont percée en cinq endroits. Un de ces débris a percé le capot moteur et a été projeté à l'extérieur mais sans assez d'énergie pour endommager le fuselage.

La séparation de la tuyère d'éjection est due aux vibrations à la suite de la rupture des aubes. La conduite entre le filtre à huile et la pompe de récupération a été sectionnée. Le réservoir d'huile s'est vidé et les roulements qui n'étaient plus lubrifiés, ont été endommagés ou ont fondu. Le moteur ne présente aucune trace de feu.

 

Conditions météorologiques

Les conditions météorologiques observées au moment du départ étaient les suivantes :

visibilité comprise entre 2 500 et 3 000 mètres, faible pluie, brume, nuages épars à 600 ft, morcelés à 2 500 ft.

 

Protection des moteurs

Pour renforcer la capacité des avions à supporter des impacts avec des oiseaux, les normes de navigabilité concernent essentiellement les parties de la cellule et des moteurs orientées vers l'avant de l'avion, qui sont les plus vulnérables en cas d'impact. Ainsi, la structure de l'avion doit résister à des impacts d'oiseaux de 1,850 kg à la vitesse de croisière de l'aéronef.

Les règlements de certification européens des moteurs (CS-E) indiquent que tout moteur doit réagir de manière sûre à la suite d'une ingestion d'oiseaux ou d'un impact sur les parties situées en avant (entrées d'air) du moteur. Les moteurs sont conçus pour que l'impact ou l'ingestion sur un moteur ne cause pas d'effets dangereux (débris de haute énergie non contenus, feu incontrôlé, impossibilité d'arrêter le moteur, rupture du système de fixation du moteur…).

L'impact ou l'ingestion sur plus d'un moteur ne doit pas empêcher la poursuite du vol ou l'atterrissage de l'avion. La démonstration de conformité se fait à l'aide de tests qui prévoient l'ingestion d'oiseaux de petite, moyenne (espèces volant en groupe et pouvant affecter plus d'un moteur) et grande taille (espèce isolée n'affectant qu'un seul moteur) dont la masse dépend de la surface de l'entrée d'air.

Les critères d'acceptation du test associé à l'ingestion d'oiseaux de taille moyenne (cas de l'événement) exigent du moteur de ne pas perdre plus de 25 % de la puissance pendant vingt minutes.

 

Prévention du péril aviaire

Le message ATIS reçu par l'équipage signalait une activité aviaire sur l'aérodrome. Le service du contrôle n'a pas fourni d'informations particulières relatives à la présence d'oiseaux.

Le service de prévention du péril animalier est assuré en permanence par un prestataire agréé. Quatre agents sont affectés à ce service et disposent de deux véhicules spécialisés(11). Le jour de l'événement, deux agents assuraient la lutte aviaire avec un seul véhicule. Ils étaient positionnés au bord de la piste 04R dix minutes avant l'événement lorsque le contrôleur les a appelés pour effectuer un effarouchement sur une aire de stationnement.

 

(9) La piste 04R est plus longue mais les moyens de guidage sont indisponibles.

(10)Ils pèsent entre 600 g et 1,8 kg et peuvent avoir une envergure d'1,40 mètre.

Ces oiseaux viennent sur les aérodromes pour se nourrir. Ils peuvent aussi s'y reposer par conditions météorologiques défavorables.

(11)En cas de circonstances exceptionnelles, les agents du SSLIA peuvent assurer le service.